Faut-il rendre les coups ?

Ou comment rester un homme civilisé lorsqu’on rencontre des gens qui semblent avoir renoncé à cette ambition.

14–21 minutes
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La meilleure manière de se venger, c’est de ne pas se rendre semblable à ceux qui nous ont fait du mal

Marc Aurèle


Tendre l’autre joue : une admirable philosophie, surtout lorsqu’il s’agit de celle du voisin

Il est une question qui traverse l’histoire de l’humanité avec une constance remarquable : lorsqu’un individu nous frappe, nous humilie, nous trahit ou nous fait délibérément du mal, devons-nous lui rendre la monnaie de sa pièce ? La réponse paraît simple tant que nous n’avons jamais reçu de coups. Les philosophes recommandent la sagesse, les moralistes prêchent le pardon, les religions célèbrent la miséricorde et les psychologues nous invitent à prendre du recul. Tout ce petit monde semble parfaitement d’accord sur les vertus de la modération. Mais qu’un individu vous calomnie publiquement, qu’un ami vous trahisse avec une application presque professionnelle ou qu’un collègue entreprenne de détruire votre réputation avec le sourire aimable de celui qui vous souhaite une excellente journée, et voilà que deux mille cinq cents ans de philosophie morale se trouvent brutalement soumis à une épreuve pratique. Nous découvrons alors, avec une certaine stupéfaction, que nous possédons des instincts beaucoup moins platoniciens que nous ne l’imaginions. Il est facile de pardonner à l’humanité en général ; pardonner à celui qui vient de vous faire du mal exige des dispositions intellectuelles autrement remarquables.

La difficulté vient de ce que nous confondons volontiers trois choses qui n’ont pourtant rien d’identique : la vengeance, la justice et la défense de soi. La vengeance cherche à infliger une souffrance en retour de celle que nous avons subie. La justice cherche à reconnaître une faute, à protéger les droits et à rétablir autant que possible un équilibre moral ou juridique. La défense, quant à elle, vise à empêcher une agression ou à en limiter les conséquences. Ces distinctions paraissent évidentes dans les livres, mais elles deviennent singulièrement floues lorsque nous sommes personnellement concernés. Celui qui se venge affirme presque toujours qu’il réclame justice ; celui qui attaque prétend parfois qu’il se défend ; et celui qui pardonne peut être soupçonné de faiblesse par des spectateurs qui n’ont généralement aucun risque à courir. Nous sommes ainsi les acteurs d’une comédie humaine dans laquelle chacun se présente comme la victime innocente d’un monde peuplé d’individus particulièrement mal élevés. Le plus extraordinaire est que nos adversaires racontent probablement la même histoire, en inversant simplement les rôles.

La question « faut-il rendre les coups ? » n’est donc pas une interrogation sur la seule violence. Elle concerne notre dinité, notre liberté, notre rapport à la justice et, plus profondément encore, notre manière de concevoir la grandeur humaine. Faut-il répondre au mal par le mal pour ne pas devenir sa victime, ou refuser de lui ressembler pour ne pas devenir son complice ? Entre ces deux exigences se joue l’un des conflits les plus anciens de la conscience morale.

Socrate : cet homme insupportable qui préférait subir l’injustice plutôt que la commettre

Il faut commencer par Socrate, dont les convictions morales possédaient ce caractère profondément agaçant des idées que l’on admire sans être absolument certain de vouloir les appliquer. Dans le Criton de Platon, alors qu’il est emprisonné et condamné à mort, Socrate refuse de s’évader malgré l’injustice qu’il estime avoir subie. Il défend notamment cette proposition vertigineuse : il ne faut jamais commettre volontairement l’injustice, même lorsqu’on en a été victime. Autrement dit, le mal que les autres nous infligent ne nous autorise pas à devenir injustes à notre tour. Voilà une idée magnifique, mais dont il faut reconnaître qu’elle manque singulièrement de commodité dans la vie quotidienne. Socrate aurait probablement été un voisin admirable, mais un avocat redoutablement déconcertant. Imaginez un homme venant lui expliquer que son associé l’a escroqué, que son frère l’a trahi et que son meilleur ami lui a emprunté une somme considérable sans jamais la rembourser. Socrate aurait commencé par lui demander ce qu’est véritablement la justice, puis aurait poursuivi en l’interrogeant sur la nature du bien. Au bout de trois heures, notre malheureux aurait peut-être oublié son argent, mais il aurait certainement acquis une solide migraine philosophique.

La position socratique repose cependant sur une intuition essentielle : nous ne devons pas laisser la conduite des autres déterminer entièrement notre propre valeur morale. Si quelqu’un nous humilie et que nous décidons de l’humilier à notre tour, nous lui accordons paradoxalement un pouvoir considérable sur notre personnalité. Il ne s’est pas contenté de nous blesser ; il a réussi à nous faire adopter ses méthodes. Il devient, en quelque sorte, le directeur pédagogique de notre comportement. Voilà une promotion qu’il ne mérite certainement pas. Mais cette réflexion soulève immédiatement une objection redoutable : refuser de rendre les coups signifie-t-il accepter indéfiniment de les recevoir ? Devons-nous permettre aux individus malveillants de poursuivre leurs entreprises sous prétexte que nous souhaitons préserver notre supériorité morale ? Une philosophie qui transformerait les honnêtes gens en victimes consentantes ne serait pas seulement naïve ; elle risquerait de devenir profondément injuste. Car protéger sa dignité n’implique pas nécessairement de faire souffrir son adversaire, mais peut exiger de lui opposer une résistance ferme, de dénoncer ses actes et de lui imposer des limites.

Ne pas se venger n’est donc pas la même chose que ne pas se défendre. Cette distinction, que l’on oublie trop souvent, constitue peut-être le premier pas vers une réponse véritablement philosophique.

Aristote : la colère peut être légitime, à condition de ne pas lui confier les clés de la maison

Avec Aristote, nous quittons les hauteurs parfois intimidantes de l’idéal socratique pour retrouver une humanité plus familière, avec ses émotions, ses susceptibilités et ses accès de mauvaise humeur. Aristote ne considère pas que toute colère soit nécessairement condamnable. Dans l’Éthique à Nicomaque, il explique que la vertu consiste notamment à éprouver les émotions appropriées, envers les personnes appropriées, pour les raisons appropriées, au moment approprié et de la manière appropriée. Il faut avouer que cette définition, aussi remarquable soit-elle, suppose une maîtrise de soi qui dépasse largement les capacités habituelles de l’homme confronté à une provocation. Nous savons généralement très bien contre qui nous sommes en colère ; pour le reste, le choix du moment, de l’intensité et de la manière laisse souvent à désirer. Il arrive même que nous préparions une réplique particulièrement brillante plusieurs heures après la fin de la dispute, lorsque notre adversaire est rentré chez lui et que nous nous retrouvons seuls dans notre salle de bains. C’est l’un des grands drames de l’intelligence humaine : elle possède parfois un temps de réponse incompatible avec les exigences de la répartie.

Pourtant, Aristote nous offre une voie précieuse. La colère peut signaler qu’une limite a été franchie, qu’une injustice a été commise ou que notre dignité a été méprisée. Elle n’est pas nécessairement une faiblesse ; elle peut être l’expression d’une exigence morale. Mais une émotion légitime ne justifie pas automatiquement toutes les actions qu’elle inspire. Nous pouvons avoir d’excellentes raisons d’être indignés et de très mauvaises raisons de vouloir détruire celui qui nous a offensés. La sagesse ne consiste donc pas à suprimer la colère, ce qui serait souvent impossible et parfois même indésirable, mais à lui refuser le monopole de nos décisions. Une colère bien comprise peut nous conduire à protester, à rompre une relation toxique, à défendre nos droits ou à protéger une personne vulnérable. Une colère abandonnée à elle-même peut nous pousser à commettre précisément ce que nous reprochions à notre adversaire.

Le véritable courage n’est peut-être pas de frapper plus fort que celui qui nous a frappés. Il consiste parfois à posséder suffisamment de force pour ne pas avoir besoin de la démontrer. Mais il faut se garder d’en tirer une conclusion trop confortable : la modération n’est une vertu que lorsqu’elle résulte d’un choix libre. Lorsqu’elle naît de la peur, de l’impuissance ou de la résignation, elle peut masquer une souffrance qui mérite d’être entendue. Il existe une différence considérable entre celui qui refuse de se venger parce qu’il a dépassé sa colère et celui qui se tait parce qu’il ne dispose d’aucun moyen de se défendre. Le premier exerce sa liberté ; le second risque de la perdre.

Et c’est précisément là que notre interrogation devient plus difficile : comment répondre à l’injustice sans se laisser contaminer par elle, comment demeurer bon sans devenir faible, et comment être ferme sans devenir cruel ?

Nietzsche : la vengeance, cette manière élégante de rester prisonnier de son ennemi

Avec Friedrich Nietzsche, les choses deviennent autrement intéressantes, car notre philosophe allemand avait le talent de transformer les certitudes morales en champs de bataille. Dans La Généalogie de la morale, il examine le ressentiment, cette étrange passion qui consiste à conserver précieusement les blessures infligées par autrui, comme si elles constituaient les pièces les plus précieuses de notre patrimoine affectif. Certains collectionnent les tableaux, d’autres les timbres ; les individus rancuniers collectionnent les offenses. Ils les classent, les entretiennent, les contemplent et les ressortent à intervalles réguliers pour vérifier qu’elles n’ont rien perdu de leur pouvoir de nuisance. Le plus remarquable est que leur adversaire, pendant ce temps, mène parfois une existence parfaitement heureuse, ignorant qu’il occupe gratuitement une place considérable dans leur esprit. Voilà une forme de générosité dont les victimes de la rancune se passeraient volontiers : nous offrons à ceux qui nous ont blessés le privilège de continuer à gouverner notre vie intérieure, sans même leur demander de participer aux frais d’entretien.

Nietzsche nous oblige cependant à distinguer la vengeance du dépassement de soi. Il ne prêche pas une morale universelle de la douceur et ne condamne pas indistinctement toute affirmation de puissance. Sa critique du ressentiment est plus subtile : une existence entièrement organisée autour de la revanche demeure dépendante de ce qu’elle combat. Celui qui ne vit que pour punir son ennemi finit par lui emprunter le sens même de sa vie. Sa réussite n’est plus d’accomplir quelque chose, mais de voir échouer quelqu’un. Son bonheur dépend du malheur d’autrui, ce qui constitue une stratégie particulièrement incertaine pour atteindre la sérénité. Il existe pourtant une réponse autrement redoutable à la malveillance : continuer à vivre, créer, aimer, réussir et penser sans accorder à son adversaire le pouvoir de définir notre avenir. Ce n’est pas nécessairement pardonner. C’est parfois simplement refuser de consacrer le reste de son existence à un individu qui ne méritait déjà pas quelques minutes de notre attention. La vengeance voudrait solder le passé ; elle réussit souvent à le prolonger indéfiniment.

Le pardon : une grandeur morale ou une prime offerte aux malfaiteurs ?

Il faut maintenant aborder le pardon, cette vertu magnifique dont les défenseurs semblent parfois oublier qu’elle est beaucoup plus facile à recommander qu’à pratiquer. Pardonner consiste-t-il à effacer l’offensse, à oublier les faits, à rétablir une relation ou simplement à renoncer à la vengeance ? Ces différentes attitudes ne sont nullement équivalentes. On peut pardonner sans oublier, renoncer à la haine sans retrouver la confiance, et souhaiter ne plus souffrir d’une injustice tout en exigeant qu’elle soit reconnue. Le pardon n’est pas une amnistie générale accordée aux individus qui nous ont fait du mal. Il n’oblige pas à rouvrir sa porte à celui qui a méthodiquement entrepris de détruire notre tranquillité. Il n’interdit pas davantage de saisir la justice, de réclamer réparation ou de mettre fin à une relation devenue dangereuse. Confondre le pardon avec l’impunité reviendrait à considérer qu’un voleur, après avoir présenté ses excuses, devrait être invité à revenir choisir les meubles qu’il avait oubliés.

La philosophe Hannah Arendt a donné au pardon une signification particulièrement profonde. Dans Condition de l’homme moderne, elle montre que le pardon peut nous libérer de l’enchaînement des conséquences de nos actes, en permettant aux relations humaines de ne pas demeurer éternellement prisonnières du passé. Mais cette possibilité ne signifie pas que toutes les fautes doivent être pardonnées, ni que les victimes auraient le devoir moral de le faire. Certaines injustices exigent d’abord la vérité, la responsabilité et la réparation. D’autres laissent des blessures qui ne disparaîtront jamais complètement. Il serait cruel d’imposer le pardon à ceux qui souffrent au nom d’une supériorité morale abstraite. Le pardon n’a de valeur que lorsqu’il demeure une liberté, jamais lorsqu’il devient une obligation imposée à la victime. Quant à la réconciliation, elle suppose généralement quelque chose de plus : une reconnaissance sincère de la faute et des raisons crédibles de penser qu’elle ne se reproduira pas. Sans cela, le pardon risque de devenir un abonnement renouvelable à la trahison.

Rendre les coups ou rendre justice : la civilisation commence là où s’arrête la vendetta

Il existe une raison fondamentale pour laquelle les sociétés civilisées ont progressivement confié la sanction des fautes à des institutions plutôt qu’aux individus directement offensés. La vengeance privée possède une tendance regrettable à l’inflation. Un homme reçoit une insulte et répond par une gifle ; son adversaire estime qu’une gifle mérite un coup de poing ; les familles s’en mêlent, les voisins choisissent leur camp et, quelques générations plus tard, deux villages entiers ne se parlent plus parce qu’un arrière-grand-père aurait manqué de respect à une arrière-grand-mère dont personne ne se souvient exactement du prénom. L’histoire humaine regorge de ces conflits où la réparation d’une offense devient le prétexte à une offense plus grande. Chacun prétend rétablir l’équilibre, mais personne ne possède la même balance. C’est précisément pour interrompre cette mécanique que le droit cherche à substituer à la vengeance une justice organisée, fondée sur des règles, des preuves et une certaine proportionnalité. Le système est imparfait, naturellement. Il lui arrive d’être lent, coûteux et suffisamment complexe pour donner au justiciable l’impression qu’il aurait été plus simple de régler son différend avec une légion romaine. Mais cette imperfection demeure préférable à un monde où chacun serait simultanément victime, procureur, juge et boureau.

La philosophie politique nous rappelle ainsi que rendre justice n’est pas rendre les coups. La justice ne devrait pas chercher à reproduire la souffrance subie, mais à établir les responsabilités, à protéger les personnes et à sanctionner proportionnellement les fautes. Dans les relations privées, cette distinction conserve toute sa valeur. Lorsqu’un individu nous calomnie, nous pouvons rétablir les faits sans le calomnier à notre tour. Lorsqu’un proche nous trahit, nous pouvons rompre avec lui sans entreprendre de détruire sa réputation. Lorsqu’un collègue agit avec malveillance, nous pouvons dénoncer ses méthodes, conserver des preuves et défendre nos droits sans adopter les mêmes procédés. Il existe une fermeté qui n’a rien de violent, une résistance qui n’a rien de vindicatif et une dignité qui ne réclame aucun cadavre symbolique pour se sentir satisfaite. La difficulté, bien entendu, est de conserver cette lucidité lorsque notre amour-propre réclame bruyamment une réparation immédiate. Car notre ego possède une conception très personnelle de la justice : il considère généralement qu’une offense reçue est infiniment plus grave qu’une offense commise.

Le véritable courage consiste-t-il à ne pas frapper ?

Nous voici finalement devant le paradoxe essentiel. Celui qui rend les coups peut éprouver l’impression de retrouver sa dignité, mais il risque de s’enfermer dans une logique de rivalité où chaque victoire appelle une nouvelle confrontation. Celui qui refuse toute réponse peut préserver sa tranquillité morale, mais il risque également d’encourager un agresseur à poursuivre ses entreprises. La sagesse ne saurait donc se réduire à un commandement universel : « Ne rends jamais les coups », pas davantage qu’à son contraire : « Ne laisse jamais une offense impunie. » Tout dépend de la nature de l’agression, de sa gravité, des moyens disponibles et des conséquences prévisibles de notre réaction. Face à une violence physique immédiate, se protéger et employer, si nécessaire, une force proportionnée pour faire cesser le danger n’a rien de comparable avec une vengeance exercée plusieurs jours plus tard. Face à une humiliation, la meilleure réponse peut être une parole ferme, une mise à distance ou une action juridique. Face à une trahison, elle peut consister à retirer définitivement sa confiance. La question n’est pas de savoir comment faire souffrir celui qui nous a blessés, mais comment empêcher que son comportement continue à nous nuire.

Il est une forme de courage plus difficile encore : celle qui consiste à renoncer à une revanche dont nous aurions pourtant les moyens. Non par faiblesse, non par peur, non par souci de paraître vertueux, mais parce que nous avons compris que certaines victoires nous diminuent davantage que les défaites qu’elles prétendent réparer. Il faut parfois beaucoup de force pour ne pas répondre à une provocation. Il en faut également pour dénoncer publiquement une injustice lorsque le silence serait plus confortable. La sagesse ne réside donc ni dans la passivité ni dans l’agressivité, mais dans cette capacité de choisir une réponse qui demeure fidèle à nos principes. Nous ne sommes pas responsables de la méchanceté des autres ; nous le sommes, dans la mesure de notre liberté, de ce que nous décidons d’en faire. Voilà une exigence morale considérable, qui présente néanmoins un avantage pratique : elle nous évite de confier la direction de notre existence au premier imbécile venu.

La plus belle revanche est peut-être de n’avoir plus besoin de revanche

Alors, faut-il rendre les coups ? Je serais tenté de répondre, mes chers lecteurs, qu’il faut parfois les arrêter, souvent les dénoncer, toujours chercher à s’en protéger, mais rarement les rendre pour le seul plaisir de les rendre. La vengeance procure parfois une satisfaction immédiate, cette petite ivresse de voir enfin souffrir celui qui nous a fait souffrir. Mais cette satisfaction ressemble à certains médicaments : elle peut calmer momentanément un symptôme sans guérir la maladie, et ses effets secondaires sont parfois considérables. Nous croyons retrouver notre liberté en punissant notre adversaire, alors que nous demeurons prisonniers de son souvenir. La véritable libération commence peut-être lorsque nous cessons de lui demander de nous rendre ce qu’il nous a pris. Une confiance trahie ne se reconstruit pas nécessairement en humiliant le traître ; une amitié perdue ne renaît pas en faisant souffrir celui qui l’a détruite ; une injustice passée ne devient pas juste parce que nous avons réussi à en commettre une autre.

Il faut cependant conserver suffisamment d’humour pour reconnaître que cette philosophie n’est pas toujours facile à appliquer. Nous pouvons admirer Socrate, méditer avec Sénèque, réfléchir avec Aristote et nous promettre de dépasser le ressentiment avec Nietzsche. Puis survient un individu dont la mauvaise foi est si parfaitement accomplie que nous nous demandons si la civilisation occidentale n’a pas été une entreprise légèrement prématurée. C’est alors qu’il convient de se souvenir d’une vérité essentielle : nous n’avons aucune obligation de devenir méchants pour prouver que nous ne sommes pas faibles. Nous pouvons défendre nos droits, opposer un refus, quitter une relation, exiger justice et continuer notre chemin sans consacrer notre vie à la destruction d’autrui.


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