Le Mal de Saint Fiacre : Petite Histoire des Hémorroïdes à Travers les Âges

5–8 minutes

« Les problèmes importants auxquels nous sommes confrontés ne peuvent pas être résolus avec le même niveau de pensée que celui qui les a créés. » — Albert Einstein

Ah, les hémorroïdes ! Un sujet que l’on préfère taire, dissimuler sous les coussins moelleux de la bienséance, et pourtant, c’est un compagnon de route de l’humanité depuis la nuit des temps. Un mal banal, répandu, mais qui nous pousse à détourner les yeux avec une gêne toute contemporaine. Ne le nions pas : ce fléau peut provoquer bien des tourments. Douleurs, inconforts, et même un embarras que l’on préfère enfouir sous les silences. Mais, trêve de pudeur ! Cet article, tout empreint de sérieux et de rigueur scientifique, s’est donné pour noble tâche de faire la lumière sur l’histoire de la maladie hémorroïdaire.

Un guide pour vous, chers lecteurs, qui souhaitez mieux comprendre ce compagnon involontaire. Ce sujet n’est plus tabou, pas ici, du moins.

Imhotep le Dieu Pharaon

Laissez-moi vous emmener, cher lecteur, dans un voyage à travers le temps, qui commence… en Irlande. Oui, cette verte contrée n’est pas uniquement connue pour ses paysages enchanteurs et son whisky. Mais attention, ne vous méprenez pas : si l’Irlande n’est guère accablée par la maladie hémorroïdaire, elle détient toutefois un trésor médical des plus fascinants. À Dublin, la collection privée de Chester Beatty regorge de trésors de l’Égypte ancienne, notamment des papyrus qui nous rappellent que les soucis de santé ne sont pas nouveaux. Imhotep, ce célèbre Egyptien (« le dieu pharaon »), homme d’État et médecin de génie, en savait déjà long sur la question, bien avant que nos grands laboratoires ne pointent le bout de leur seringue. Ces ancêtres avaient une science du corps humain qui, encore aujourd’hui, inspire une certaine humilité. On y trouve, trois siècles avant JC, une médecine bien plus développée que nous ne l’imaginons. On en reste bouche bée. Je vous l’accorde, nous aimons à dire que le savoir médical double tous les sept ans. Pourtant, face à ces papyrus, cette sagesse antique paraît étonnamment moderne. Imhotep et ses contemporains connaissaient, semble-t-il, une large partie de ce que nous appelons aujourd’hui la médecine courante. Certes, il leur manquait les prouesses technologiques du XXIe siècle, mais sur bien des aspects, leur savoir mérite notre admiration.

Parlons maintenant des références bibliques à la maladie hémorroïdaire. Le Deutéronome, ce livre sacré du Pentateuque, ne fait pas dans la demi-mesure : il dépeint les hémorroïdes comme une punition divine, infligée à ceux qui se sont égarés du droit chemin. Loin des traitements d’Imhotep, ces croyances religieuses rendaient les hémorroïdes presque mystiques – une épreuve venue des cieux. Et si l’Égypte nous offre déjà des spéculums de roseau pour explorer l’intimité des malades, l’Inde, elle, invente l’anuscope au VIIe siècle avant notre ère. Hippocrate, toujours à la pointe, proposait des incisions pour libérer les malades de leurs thromboses, dans des cris que l’on imagine perçant le silence des temples grecs.

Une médecine hésitante à travers les siècles

Notre voyage dans le temps nous mène ensuite au Moyen Âge. Ah, cette époque que l’on associe si souvent à l’obscurantisme… Eh bien, mes chers amis, elle recèle tout de même quelques surprises ! Certes, la médecine avait quelque peu stagné, voire régressé, mais elle n’a pas pour autant sombré dans le néant. On y découvre des écrits touchants décrivant les souffrances liées aux hémorroïdes et les traitements – parfois héroïques, parfois farfelus – que l’on proposait pour en venir à bout. De l’Ayurveda indien aux bains de siège médiévaux, chacun y allait de sa petite méthode pour calmer ces douleurs si intimes. Hippocrate, ce bon vieil Hippocrate, avait conseillé d’inciser les thromboses hémorroïdaires à vif. Pas de demi-mesure, pas de douceur. Les malades hurlaient, mais la guérison était à ce prix. Il proposait aussi des cautérisations redoutables. Au fil des siècles, les médecins, entre deux plaies purulentes, faisaient ce qu’ils pouvaient pour soulager les malades. Et puis, il y eut Paul d’Égine à Byzance, puis les grands noms de la médecine islamique, comme Avicenne et Rhazès, qui reprirent le flambeau.

Le Mal de Saint Fiacre

Mais avant d’aller plus loin, je dois vous présenter Saint Fiacre, ce saint tout à fait original. Né à la fin du VIe siècle en Irlande, il est devenu, contre toute attente, le saint patron des hémorroïdes. Oui, vous avez bien lu. À l’origine, il n’était qu’un humble moine herboriste, d’une noblesse discrète, mais son savoir en phytothérapie lui donna une renommée considérable. Quand il quitta son île pour la France, à Meaux, il se vit offrir une terre fertile qu’il cultiva avec amour, prodiguant ses plantes médicinales aux pèlerins en souffrance. Les hémorroïdes, ou « mal de Saint Fiacre », furent guéries grâce à ses onguents et laxatifs.

Un saint, une pierre, et des miracles

Et puis, il y a la pierre. Ah, cette fameuse pierre sur laquelle Saint Fiacre s’asseyait pour méditer. La légende dit qu’elle prit la forme de son séant, devenant une sorte de fauteuil divin. Les pèlerins s’y asseyaient avec dévotion, espérant ainsi guérir leurs maux hémorroïdaires. Aujourd’hui encore, certains invoquent Saint Fiacre pour se soulager de douleurs que la médecine moderne peine parfois à éradiquer.

La renaissance médicale

Les siècles passent, et au XVIIIe siècle, la médecine prend un tournant. En 1774, Jean-Louis Petit réalise une petite révolution en pratiquant une incision délicate pour soulager les malades hémorroïdaires. Mais c’est au XIXe siècle que Frederick Salmon fonde à Londres le célèbre Saint Mark’s Hospital, où l’on traite les maladies anales avec une rigueur scientifique. Les traitements deviennent plus sophistiqués. En 1833, Olindo Grandesso Silvestri propose la ligature élastique, et quelques décennies plus tard, en 1869, on découvre les injections sclérosantes. Enfin, avec l’arrivée de l’anesthésie générale, les interventions chirurgicales deviennent plus humaines. William Whitehead, en 1882, ouvre la voie, suivi par Milligan et Morgan qui, en 1937, mettent au point l’hémorroïdectomie pédiculaire. Puis arrive Peter Lord, en 1967, avec sa technique de dilatation anale … malheureusement délétère en raison des incontinences anales qu’elle provoque.

L’ère moderne : technologie et Doppler

Le XXIe siècle nous ouvre les portes de la technologie médicale. Grâce aux avancées chirurgicales et aux Dopplers ultrasonores, on localise aujourd’hui avec une précision sans précédent les vaisseaux hémorroïdaires. Antonio Longo, Paul-Antoine Lehur et d’autres pionniers continuent d’innover. Et voilà que j’entre en scène, en collaboration avec le professeur Vincent Vidal, pour proposer la radio-embolisation des artères hémorroïdaires, avec la technique Emborrhoïd®. Ah, la modernité !

Bien sûr, ces progrès doivent encore être peaufinés, mais quelle évolution depuis les traitements à base de sangsues !

En somme…


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